XAVIER, réveiller le funk qui est en toi…

On connaissait Xanax, rappeur/rocker/punk des Svinkels, il y a quelques mois on a découvert Xavier chanteur Soul, groove, funk…
Peu de temps après la sortie de son premier projet solo, on avait rendez-vous pour parler de musique et plus encore…

Bonjour, peux-tu te présenter ?

Je suis Xavier, membre des Svinkels et accessoirement je fais aussi de la musique tout seul; je viens de sortir un album en Août dernier.


THC, Les Professionnels, Svinkels et maintenant en solo, ta carrière est jalonnée de diversité et de fusion, d’où te vient cette envie ou ce besoin de mélange, de ne pas se cantonner à un style musical ?

J’ai aussi fait de la house avec Ark, un peu d’électro pour Voitures Volantes avec Sébastien Tellier, j’ai bossé dans pas mal de trucs. J’ai toujours conçu mon travail comme ça. Ca vient de notre génération, on a pas découvert la musique avec le rap, on s’est tout mangé d’un coup… Je me fais chier si je ne fais que ça (du rap). A un moment donné, j’ai envie de faire autre chose, m’adresser à d’autres gens, pas nécessairement parler qu’à des jeunes, à des foncedés…
Et en vieillissant, j’avais aussi envie et besoin d’être sincère, de faire la musique que j’aime, que j’écoute. Et aussi, là je pouvais chanter, avec ou sans auto-tune.

(c) SOAF 2020
© Dutor 2020

Ton album, est le reflet de tes influences diverses et de tes goûts, est au final assez éclectique même s’il y a un groove conducteur qui donne de l’homogénéité au projet, tu n’as pas eu peur de dérouter voir de perdre ton public ?

Je tournais il y a un an et demi avec Baste et j’avais déjà anticipé le fait que les gens qui me connaissent avec Svinkels allaient être un peu égarés mais, avec tout le respect que je leur dois, sur ce projet, je ne vise pas que le public des Svinkels.
Je savais qu’il y avait des chances que ça coince mais moi, j’ai pas changé; là je suis sur le nouveau projet Svinkels, mais j’avais besoin de m’amuser un peu, aller voir ailleurs ce qu’il s’y passe. J’ai même un projet d’album de reprises derrière…


J’ai pas eu l’occasion de te voir sur scène depuis la sortie de ton album, mais ça donne quoi désenchaîner un morceau où tu chantes l’amour et te retrouver pour le morceau d’après à coté Gerard Baste en slip ?

Figure toi qu’on l’a fait !
Pour mon premier showcase, ils sont venu me donner un coup de main. On a fait des morceaux du prochain album des Svink en exclu juste après mon album. Ça fonctionne…, c’est bizarre mais ça fonctionne.

On s’est vraiment trouvé avec Drixxé, on était sur la même longueur d’onde, c’est la première fois que j’ai pu chanter (enfin chanter dans un autre registre)

Comment s’est déroulé l’écriture et l’enregistrement de l’album ?

Ça a été super chaotique.
J’étais tout seul donc avec 2 handicaps; pas de fonds et personne pour me pousser, pour mettre des dates, y’a le risque de se laisser un peu vivre.
Là où j’ai eu de la chance, c’est que j’étais entouré de gens fiables et viables, les gens avec qui je bosse en studio. J’ai avancé tout seul tant que je pouvais et après je me suis rapproché de quelqu’un pour trouver une licence, ce qu’on a fait. Mais en terme artistique, ça a vraiment été super chaotique, j’ai vraiment mis hyper longtemps à faire ce skeud.
Certains morceaux, quand l’album est sorti avaient été enregistrés 3 à 4 ans avant. Y’a même certains morceaux dont les maquettes dataient de 2002-2003 que j’avais faites avec Drixxé (qui fait 2/3 des prods de l’album) et que je ne voulais pas lâcher. Je les ai retravaillés, remis au goût du jour.
Y’a bien 3 morceaux sur l’album qui datent d’avant 2007.
On s’est vraiment trouvé avec Drixxé, on était sur la même longueur d’onde, c’est la première fois que j’ai pu chanter (enfin chanter dans un autre registre). Il y a eu une super émulation, pas une envie de prouver mais, on était dans le même délire.

A un moment donné, faut que je sois cohérent avec mon âge.


La tendance des rappeurs arc en ciel codéinés, qui font l’apologie des stups et qui font des gimmiks plutot que d’écrire des textes, tu la vois comment ? Une évolution ? une régression ?

J’ai mis un post sur Facebook il y a quelques temps à ce sujet, ils ont bien 10-15 ans de retard sur moi (rires).
Mais la différence c’est que moi j’ai commencé à prendre des xanax parce que c’est mon médecin qui m’en avait prescris parce que j’étais en dépression nerveuse, c’était pas du tout dans un délire foncedé à la base.
Et après forcément voilà, t’as des cachetons, t’es bien, t’en reprends…
Mais j’ai toujours fait gaffe avec ça, eux, ils font n’importe quoi.
Pour l’apologie, on est dans une situation complexe, parce qu’on a jamais forcé quelqu’un à en prendre mais on peut pas dire non plus qu’on en a pas fait l’apologie. C’est toujours pareil finalement, y’a une certaine limite à respecter.
Par exemple hier, j’étais avec Tovarich en studio, “La coke, la coke !” c’était marrant, mais je me disais que le mec rappe bien, mais on a pas les mêmes aspirations, j’ai plus son âge, et du coup, limite, je ne peux plus me permettre de faire ça.
A un moment donné, faut que je sois cohérent avec mon âge.
Mes aspirations aujourd’hui c’est de faire ce que je fais, gagner ma vie avec ma musique, un peu de reconnaissance parce que je taffe comme un chien. En fait, je demande pas grand chose, juste avoir une espèce d’autonomie, être bien, pouvoir inviter des meufs au resto de temps en temps, je demande pas plus. En ce moment, on (svinkels) vit la vie qu’on voulait vivre, être payé pour faire ce qu’on sait faire.


Le rap doit il rester une musique festive ? a t il un rôle social et se doit il être conscient ? ou il y a de la place pour tous les genres ?

La portance du message en rap, équivaut à pisser dans un violon, les gens qui t’écoutent et qui viennent te voir sont dejà proches de toi. Tu prêches des convaincus, et je ne suis pas un prêtre.
Par exemple, dans les années 80, concert des Berruriers Noirs à l’Olympia, et tout le monde chantait, plus jamais 15% (en référence au score du FN), bah maintenant, ils sont à 22%…
C’est pas forcément le rôle du musicien, c’est un peu de la démagogie, comme les dealers qui font la prière (rires).

Par rapport aux autres musiques, le rap évolue exactement de la même manière, un nivellement par le bas mais, paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de gens qui rappent bien en France.

Plus généralement, tu es là depuis pas mal du temps et tu as une riche culture musicale, comment vois tu l’évolution du (des ?) rap par rapport à celle des autres musiques ?

J’ai écouté de la musique toute ma vie et j’ai 48 ans dans 2 semaines.
Par rapport aux autres musiques, le rap évolue exactement de la même manière, un nivellement par le bas mais, paradoxalement, il n’y a jamais eu autant de gens qui rappent bien en France.
C’est l’uniformité qui me dérange, c’est trop calibré, étudié, sans originalité.

Qu’est ce qu’il y a dans ta playlist en ce moment ?

En ce moment, depuis 2 ou 3 mois, je n’ai écouté que James Brown, ce que je n’avais pas fait depuis des années.
Je ne suis plus un digger acharné comme j’ai pu l’être, sinon, je suis toujours branché sur les trucs cainris.

Est ce que c’est plus facile ou plus compliqué de mener une carrière (et d’en vivre) dans la musique depuis l’avènement de l’autoprod et d’internet ?

On est dans une position un peu spéciale, on s’est créé une espèce de niche, on fait des bons shows et on a un public super fidèle. Ca me surprend toujours autant de croiser des fans qui viennent pour la dizième fois en concert alors que moi les artistes que j’ai vu le plus en concert, ça doit être les Red Hot et Parliament que j’ai dus voir 4 fois.

(c) xavier-music.fr

Est ce que tu as d’autres centres d’intérêts artistiques ? Est ce que tu serais intéressé par l’écriture, la peinture, la tv ou le cinéma (comme tu as déjà collaboré avec Quentin Dupieux) ?

Moi ma grosse passion c’est le video game, si j’avais eu 16 ans aujourd’hui je deviendrai joueur pro, ca ne fait aucun doute.
Je suis de l’école PES et en ce moment, je suis à fond sur le jeu Dragon Ball en 2D.
Pour ce qui est du cinéma, j’ai jamais été très à l’aise avec ça. J’ai déjà fait de la figuration et j’ai trouvé ce milieu super bizarre, intériorisé, cloisonné…
Et pour ce qui est de la réalisation, qui est un truc que je pourrai faire maintenant, la dificulté réside dans le fait de trouver quelqu’un qui a les compétences que tu n’as pas pour appliquer ta vision


Tu te vois où dans 20 ans ?

Mort ! (rires)
peut être pas mais pas loin.

Et le monde de la musique et les artistes dans 20 ans ?

J’espère qu’on va revenir au fait d’écouter ce qu’on aime et pas forcément ce que les autres “like”.

Et le monde tout court dans 20 ans ?

J’suis pas d’un naturel optimiste, mais j’ai encore confiance en l’homme comme un con.
Ce qui me fait le plus peur c’est l’uniformisation. Quand on était jeune, on était punk et on savait pourquoi, maintenant ils pourraient tous avoir un code barre H&M.


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