Laetitia Vasseur, et HOP !

Diplômée de deux masters en droit et sciences politiques, doctorante en sciences de gestion, Laëtitia Vasseur fonde l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) en 2015. Ancienne collaboratrice parlementaire, elle est experte sur les thématiques liées à l’obsolescence programmée, la durabilité, l’économie circulaire et les modèles économiques et sociaux innovants.

Bonjour, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Laetitia Vasseur, je suis la co-fondatrice et déléguée générale de l’association HOP // Halte à l’obsolescence programmée, qui vise à fédérer les citoyens pour influencer les lois et les industriels pour aller vers des produits plus durables et réparables.

Peux tu présenter HOP et ses actions ?

HOP agit pour l’allongement de la durée de vie des produits auprès des citoyens, des pouvoirs publics et des entreprises à travers 4 axes principaux :

● SENSIBILISER ET FEDERER

A travers différents événements et supports, HOP vise à sensibiliser et à fédérer l’ensemble des acteurs autour des enjeux d’une production et d’une consommation durables, ainsi que sur les solutions qui sont à la portée de chacun.

● INFLUENCER LES LOIS

HOP mène un travail de plaidoyer auprès des pouvoirs publics pour instaurer un cadre favorable pour défendre les consommateurs et l’environnement.

● ENGAGER LES ACTEURS PRIVES

HOP anime le Club de la Durabilité, au sein duquel sont engagées des entreprises volontaires de toutes tailles, qui prouvent ainsi qu’une économie plus responsable et durable est possible.

● ENQUÊTER ET ALERTER

HOP développe son expertise en étudiant divers produits de consommation courante. Elle analyse notamment les facteurs réduisant la durée de vie de ces produits.

Tu as eu des papiers dans tous les organes de presse généraliste, malgré tout, le message de HOP semble avoir du mal à passer. (les mêmes personnes qui se plaignent de la non réparabilité de leur électroménager ou smartphone rachètent souvent du matériel qui rencontre les mêmes problèmes) A quoi est ce dû selon toi ?

Je ne dirais pas que le message de HOP a du mal à passer. Au contraire, nous pouvons être fiers de la notoriété acquise par l’association en seulement quelques années, et surtout du fait que la lutte contre l’obsolescence programmée est devenue un enjeu majeur et une préoccupation largement partagée. De nombreux consommateurs ont maintenant conscience de ce phénomène et y sont sensibles, comme cela était clairement ressorti lors de la consultation nationale menée en 2019 ; au niveau national, de nombreuses propositions de HOP ont été adoptées par les parlementaires dans le cadre de la loi antigaspillage ; et les fabricants sont eux aussi nombreux à s’engager dans ce sens. Bien sûr, il reste un très long chemin à faire, mais il faut savoir voir les signaux positifs.

C’est un sujet qui touche tout le monde et dans lequel tout le monde a une part de responsabilité

La situation actuelle de surconsommation et de mauvaise consommation sont elles la faute des industriels, de l’état ou des consommateurs ?
Ou est-ce un ensemble de facteurs qu’il faut combattre avec différents leviers ?

C’est un sujet qui touche tout le monde et dans lequel tout le monde a une part de responsabilité. C’est pour cela que HOP a choisi une approche systémique : en accompagnant les fabricants dans la nécessaire transition vers des modèles de production plus vertueux, en influençant les lois pour encadrer leurs pratiques et en sensibilisant les consommateurs qui ont le pouvoir de faire évoluer la demande, et donc l’offre, nous pensons pouvoir aboutir à de réels changements structurels.

HOP a réussi à faire condamner Apple à payer une amende de 25M€, mais pour une compagnie qui a une trésorerie de 268 milliards de dollars et qui est capitalisée à hauteur 1 400 milliards, vont ils même le sentir passer ?

C’est sûr que c’est un peu le combat de David contre Goliath. Mais si cette amende est loin de menacer les finances d’Apple, il faut aussi mesurer l’impact de cette sanction en termes d’image ; la firme a d’ailleurs été aussi condamnée à afficher la sanction et le préjudice reconnu sur son site internet, à la page principale concernant l’iPhone. La sanction a été très médiatisée, y compris dans des médias spécialisés dans les nouvelles technologies. Et nous ne sommes pas isolés : il y a un mouvement international pour des produits plus durables et réparables. Des plaintes similaires ont été portées aux Etats-Unis, et l’Italie a condamné Apple et Samsung pour obsolescence programmée en décembre. C’est donc plutôt David avec l’Etat français et les consommateurs de plus en plus de pays qui se dressent face à un Goliath aux pieds d’argile. Et dans l’histoire, c’est David qui finit par gagner.

Dans le cadre de la loi antigaspillage, nous avons par exemple obtenu l’interdiction de l’irréparabilité intentionelle, ce qui est une grande victoire.

Leur (Apple) écosystème fermé, avec des technologies propriétaires et un faible indice de réparabilité ne semblent pas poser de problèmes à leurs consommateurs qui généralement sont des fidèles de la marque et renouvellent leur matériel très (trop) fréquemment. Comment inverser la tendance ?

D’une part, en encadrant ces pratiques par des règlementations plus strictes. Dans le cadre de la loi antigaspillage, nous avons par exemple obtenu l’interdiction de l’irréparabilité intentionelle, ce qui est une grande victoire. Reste à s’assurer que ces nouvelles lois seront appliquées et que les sanctions prévues sont suffisamment rédhibitoires, bien sûr.

D’autre part, en sensibilisant les consommateurs. La tâche est particulièrement difficile en ce qui concerne les adeptes d’Apple, qui a su créer une vraie dépendance chez ses clients. Mais il y a un levier puissant que nous pouvons utiliser, outre celui de l’impact environnemental qui malheureusement n’est pas toujours suffisant : c’est celui de l’impact sur nos porte-monnaie, qui pour le coup est un argument qui parle beaucoup plus largement.

(c) HOP

L’interopérabilité est souvent décrite par les industriels comme un frein à l’innovation, que pouvons nous leur répondre ?

Faire le choix d’une démarche de production durable, impliquant effectivement la logique d’interopérabilité, peut avoir un impact négatif sur la quantité d’innovations (nombre de brevets par exemple), mais cela aurait probablement un impact positif sur la qualité de celles-ci. Les entreprises seront amenées à innover pour allonger la durée de vie de leurs produits à moindre coût. Par ailleurs, l’innovation ne devrait pas s’évaluer de manière quantitative mais plutôt qualitative : les véritables innovations qui changent la vie des Hommes (dans le respect de la nature) ne sont pas si fréquentes, et celles-ci ne seront pas freinées par davantage de durabilité des produits et des logiciels, c’est surement le contraire !

Nous avons bataillé pour que soit adopté l’affichage obligatoire d’un indice de durabilité en magasin et sur les plateformes de e-commerce.

L’Increvable et le Fairphone ont encore du mal à se populariser,
notamment à cause de leur prix d’achat élevé (qui s’amortit avec le
temps), faudrait il selon toi passer sur une fiscalité avantageuse
pour ces produits “durables” ? (une tva plus basse ou une subvention)

Un lave-linge qui coûte plus cher à l’achat mais qui dure 2 ou 3 fois plus longtemps est évidemment moins coûteux en fin de compte. Si aujourd’hui, les consommateurs ne sont pas assez nombreux à faire ce choix, et si l’offre est donc encore très réduite, c’est parce qu’ils n’ont aucune garantie qu’ils seront effectivement durables. Plutôt qu’une fiscalité avantageuse, peu réaliste à mettre en place, nous avons privilégié la recommandation d’une information systématique et fiable sur l’espérance de vie des produits et des garanties améliorées. Nous avons bataillé pour que soit adopté l’affichage obligatoire d’un indice de durabilité en magasin et sur les plateformes de e-commerce. Et nous avons obtenu une première avancée significative avec la loi antigaspillage : à partir de 2021, un indice de réparabilité sera affichée sur certaines catégories de produits, lequel se transformera en indice de durabilité à partir de 2024.

Tu as été assistante parlementaire d’un élu EELV, ce parti a été touché par des histoires plus ou moins sordides de mœurs. A l’époque de #metoo est ce que tu as été confrontée à ces agissements ?

Aucunement, j’ai eu la chance d’être toujours traitée avec respect et professionnalisme par mon ancien employeur.

Que penses tu de l’écoféminisme (dans son sens originel, c’est à dire la mise en parallèle entre les violences faites aux femmes et à l’environnement) ?

Je me dirai assez féministe et écologiste, mais je ne suis pas assez experte en la matière pour développer sur l’écoféminisme… cela demanderait davantage de réflexion !


Tu te vois où dans 20 ans ?

qui vivra verra !

Et la réparabilité et l’interopérabilité dans 20 ans ?

J’espère que tout sera plus réparable et surtout plus robuste et que les objets low tech auront repris leur place dans nos vies malgré la constatation d’une ascension des objets connectés, qui pourraient s’ils doivent émerger être davantage mis au service de la durabilité et la réparation.

Et le monde tout court dans 20 ans ?

Vaste question…


https://www.halteobsolescence.org/